Menu
Formation d'acupuncture au Centre Imhotep

Centre de formation en acupuncture traditionnelle à Paris depuis 1995

Logo de la FEDE - Fédération Européenne des écoles
Première école d'acupuncture traditionnelle membre de la FEDE
Les Echos du QI

Un moment il faut se déterminer

jeudi, 05 octobre 2017

Un drôle de titre mais qui est un tournant dans l’histoire du centre Imhotep.

Cela fait maintenant 40 ans que je suis dans le milieu de l’acupuncture. J’ai eu des maîtres réputés qui m’ont appris cette acupuncture ancienne. Depuis 1992, soit 25 ans, j’ai ouvert mon école qui est aujourd’hui la plus prestigieuse en terme de transmission d’un savoir ancestral. C’est aussi pourquoi elle est souvent copiée et aussi malheureusement jalousée. Mais ces aléas ne sont pas importants car ils sont compensés par cette flamme qui habite tous les professeurs de l’école, composée d’une partie de recherche et une partie du perfectionnement de cet art royal.

Depuis 25 ans je tente de faire comprendre aux personnes non initiées à cette acupuncture, la différence fondamentale qui existe entre la MTC (médecine traditionnelle chinoise) et l’acupuncture traditionnelle.

Ceci est d’autant plus difficile que tout le monde se targue de pratiquer l’acupuncture. Jusqu’à présent je ne savais trop expliquer car je tentais de ménager la chèvre et le chou. Et on sait tous que cette attitude conduit à un pourrissement général où l’on perd et la chèvre et le chou. C’est la rencontre avec l’avocat de l’école qui fut une révélation.

En effet, avant de nous voir pratiquer, notre avocat nous intimait avec une certaine subtilité de rester extrêmement discrets car notre pratique était assujettie à la médecine quoiqu’on en dise. Encore un avocat qui nous prescrivait le silence et voire même de changer de profession. Aussi l’ai-je invité à insister à un clinique que nous organisions sur des patients afin d’améliorer les qualités de thérapeute de nos élèves. Suite à cette journée, le discours ne fut plus du tout le même ni autant modéré. La phrase clé fut : « vous devez expliquer à tous votre différence et en être fiers, car ici il n’y a en rien de la médecine ».

Alors je prends aujourd’hui le clavier et non la plume pour expliquer ce qu’est l’acupuncture traditionnelle ancienne.

D’abord quelques dates pour situer notre sujet. L’acupuncture existe depuis plus de 2500 ans mais certains textes montrent une plus vieille antériorité allant jusqu’à 4000 ans avant notre ère ce qui me fait dire que cette vieille dame a, au bas mot, 6000 ans. Ne croyez pas que je jette ces dates à la légère. L’astronomie chinoise est rigoureuse et le textes de Seu Ma Tsienn (mémoires historiques) m’ont permis de dater a minima à 4613 avant notre ère des écrits sur l’astronomie (voir les Chemins cachés de l’acupuncture aux éditions Trédaniel). Donc cette acupuncture était pratiquée par des « chamans », des personnes isolées, loin de l’agitation du monde et qui vivaient en parfaite harmonie avec le Tchi de l’univers. Ces « chamans » furent assimilés aux taoïstes des temples les plus reculés, vivant reclus et cultivant l’observation.

Et la MTC ?

Et bien elle fait son apparition en 1958 ! Oui, oui vous lisez bien. Cette MTC est construite de toute pièce pour mettre un peu de folklore dans la pratique très occidentale de la médecine chinoise pratiquée elle aussi, à l’occidentale. Et notre première différence est là.

La MTC peut être effectivement envisagée comme une pensée de la médecine classique occidentale, à tel point que les médecins l’ont bien comprise et intégrée dans leur cursus de spécialisation et non de formation. Le langage ne les déconcerte pas car il est issu de cette médecine allopathique.

Triste sort pour les acupuncteurs traditionnels forts peu nombreux qui se sont retrouvés noyés dans ce vaste programme de MTC. Et plus le temps passe plus la disparité se fait sentir.

Mon propos, dès lors, n’est pas de dire que la MTC est nulle ou vaut quelque chose, non.

Mon propos est de bien faire comprendre que les deux approches sont fondamentalement différentes et que la MTC est très proche de la médecine classique, allant même à prescrire des plantes souvent des sachets de plusieurs plantes, comme un protocole.

L’acupuncture ancienne est alors débarrassée de son ésotérisme et devient une aiguillothérapie qui vise à supprimer les douleurs, les maux de toute sorte selon un diagnostic lié à la maladie et ses symptômes.

Ici nous touchons finalement à notre deuxième et essentielle différence. L’acupuncture ancienne ne s’occupe pas des symptômes si ce n’est pour comprendre POURQUOI le patient s’est mis en désaccord avec la nature. Celle-ci a un rythme marqué par les années, les mois, les jours et les saisons. L’homme est malade s’il n’est plus dans le même rythme imposé par la grande nature.

Par exemple prenons une très vieille méthode de diagnostic traditionnel totalement oublié voire inconnu dans les écoles. Il est dit q’un déséquilibre se mesure en fonction de 3 points:

1) vide plein

2) froid chaleur

3) profondeur superficie.

Mais il faut comprendre la chose suivante. Je suis malade si je ne corresponds pas à ces critères. Et comment le savoir ? Et bien le vide et le plein est donné par la lune. Si la lune est pleine c’est une pathologie de plein. Vous comprenez ? Ainsi du dernier quartier de lune au premier la lune indique vide et du premier quartier au dernier la lune indique plein. Le froid et la chaleur sont donnés par le soleil. Soit j’ai le soleil qui est là brûlant et crée du chaud. Soit il est absent ou faible et crée du froid.

La profondeur et la superficie se déterminent par les saisons. Hiver et printemps c’est la profondeur qui est malade. Eté et automne c’est la superficie. Ainsi, à la date où j’écris cet article, le 15 juillet, la lune est en train de décroitre donc pleine. Le soleil est très chaud donc chaleur et enfin nous sommes en été donc superficie. La nature indique une qualité générale dont son « pouls » est superficiel, plein, chaud. Une maladie chez l’homme impliquera une désorganisation de ses pouls par rapport à ceux de la nature.

Mais cela ne s’arrête pas là. Il y a aussi le contexte social, culturel et familial qui est pris en compte dans l’acupuncture traditionnelle.

Par exemple cet homme de 59 ans qui consulte pour un ulcère. Nous allons le questionner et prendre les pouls que nous sommes les seuls à enseigner de cette façon et en totalité. Et ces pouls sont le reflet de notre existence. Il s’y inscrit notre vie comme les rides marquent le temps qui passe sur notre visage. Et nous pouvons alors découvrir un pouls vaste signant une chaleur ancienne liée à une insolation. Il suffira d’ôter la chaleur pour que l’ulcère guérisse.

Ou cet autre personne souffrant elle aussi d’un ulcère qui consulte et lors du questionnaire et de la prise de pouls, le thérapeute se rend compte que le « rein » est vide. Cela explique une histoire d’abandon et permet de comprendre pourquoi tout aboutit à un ulcère. Il faudra traiter alors le « rein » et non l’estomac!

Et si nous avions traité l’estomac comme le fait aujourd’hui la médecine et la MTC. Et bien il y aurait eu une suppression des symptômes . Cela est préjudiciable au patient qui ira mieux sur le plan de son estomac mais qui petit-à-petit va tomber dans une dépression ou des tocs par exemple. L’art royal de l’acupuncture est de guérir sans faire de suppression. C’est ce que nous enseignons au centre Imhotep.

Mais ce n’est pas tout. Les Kan Tche, c’est-à-dire la chrono-puncture qui est considérée par certains comme exotique, est un outil incroyable pour ceux qui savent la maîtriser. Il est possible de déterminer un moment précis où « tout à basculé » chez un patient. Et la où réside certainement la magie, c’est que nous pouvons y travailler, revenir à cette date afin de réorganiser le plan de vie de ce patient. Il m’a fallu plus de 20 ans de travail pour aboutir à la compréhension d’une technique vieille de plus de 4000 ans.

Mais quatre années pour apprendre un art, est assez peu. Il faut du temps, beaucoup de temps pour arriver à agir comme le dit le So Wen: « dès que le patient entre, vous savez déjà ce qu’il a ». Il faut apprendre les expressions, les mots employés, les attitudes. Vivre l’histoire de son patient comme si c’était la sienne afin de s’imprégner des stigmates de la maladie qui s’est construite.

Maîtriser tout ce qui vient d’être écrit ci-dessus. Avoir l’esprit ouvert pour apprendre de chaque patient afin de connaître le puzzle de la vie en entier.

Parler à l’esprit et savoir se taire pour parler au coeur.

Donner des conseils alimentaires, aider, suppléer les manques mais ne jamais devenir essentiel pour le patient. Notre éthique est de le rendre libre et qu’il fasse ses choix en conscience. C’est pourquoi nous sommes le Yin et le Yang. Si la pensée globale dit Yin nous cherchons Yang et inversement. Car il n’y a pas de vérité absolue mais des hommes qui parcourent un chemin et qui ont parfois besoin d’aide.

Il nous faut toujours avoir en tête ce dialogue entre un Sage et un novice:

- qu’est-ce que la vie?

- c’est ce que tu fais maintenant.

Cette acupuncture dont on m’a enseigné les bases, j’y ai apporté un nouvel étage et je sais que certains anciens élèves ou encore les professeurs du centre Imhotep sont eux aussi en train d’en construire un nouveau. Cette magnifique tour, cette pagode aux 9 étages est une oeuvre qui traverse le temps. Elle a façonné ma vie et pour cela je continue à travailler pour améliorer encore plus ma compréhension de la première et la plus écologique des médecines des hommes.

Motte